Sicile,
puissance Chtonienne
Après
un premier volume autopublié conçu à la façon d’un fanzine
(présenté dans L’Intervalle), le corpus sicilien de Massimo
Gurciullo s’enrichit d’un deuxième opus sur papier glacé, plus
grand, plus large, plus implacable encore.
Il
y a des filaments de lumière, une atmosphère de drame, et la beauté
fantastique des monstres de la mer occupant la page à la façon des
espèces invasives, ou des aliens.
Il
y a de la sauvagerie, et une idée plus haute de la civilisation que
celle promue par les pisse-froid du capital.
Sicily
#2 est
au sens fort un livre communiste, mais d’un communisme non
orthodoxe, ouvert à l’étrange, à la musique des corps, à la
force et fragilité de chacun.
C’est
un livre noir, sensuel et nerveux.
On
peut penser à l’esthétique Provoke, à la façon
fiévreuse de percuter la réalité pour qu’en tombent quelques
pépites d’or fin et brûlant.
L’Etna
veille sur Catane, puissance tutélaire, furieuse s’il le faut.
Attentif
à la surréalité du quotidien, Massimo Gurciullo ne sépare pas le
banal de la possibilité de la merveille.
Un
arbre mutant, drôle de voyant au gros œil mouillé, semble
détenteur d’une mémoire considérable.
Regarde-moi,
regarde-les tous, enfants, automobilistes et assassins, accepte-les
tels qu’ils sont, et tels qu’ils se transformeront dans la nuit
des pulsions.
Le
principe général de l’œuvre du photographe sicilien né en 1961
est métamorphique: l’un devient l’autre qui devient autre chose
encore.
Une
femme en peignoir sortant de la mer, des crabes, des visages
africains, une voiture lancée à vive allure.
Le
destin est un alliage de stries doriques, comme sur une chemisette
des années 1970, et de formes labyrinthiques, comme à Cnossos.
Sicily
#2 est
peuplé de déesses aux seins nus et aux cheveux d’Erèbe, de
chimères voluptueuses et de bandits de sept ans.
On
y est bien, parce qu’ici le mystère d’être en vie n’est pas
dénié, ou aveuglément évacué.
On
avance à tâtons, on ne sait pas très bien où est la sortie, mais
on y participe pleinement, spectateur amené à perdre de sa superbe,
élément d’un rite dont il ignore les codes
Dieu,
dit-on, vomit les tièdes.
Il
bénira assurément l’auteur de ce livre au jour du jugement
dernier.
Fabien
Ribery (lintervalle blog)