Sicily
par Frèdèric Martin
Sicily
#3
par
Massimo Gurciullo arrive comme une claque en une fin d'après-midi
glacée d'un hiver trop long.
Dehors
les jours sont courts, sans charmes, mais dans le livre-revue (grand
format, papier glacé, couverture souple) il y a des heures
incertaines, de longs moments de vie, des journées comme d'immenses
étés. Ca bouge et ça remue, ca swingue, c'est une nuit sans fin,
qu'entrecoupent des heures de lumières.
On
peut se demander ce que c'est…
Le
mouvement, la joie ?
L'immobilité,
la tristesse ?
La
vie ?
Une
pile de valises, un départ demain après trente années passées en
studio photo. Massimo veut sortir aller voir dehors ce qu'il se
passe, ce qu'il y a à photographier.
Des
corps nus de femmes, des madones ou des prostituées.
Un
corbeau mort, la rue la nuit, une bagnole abandonnée là.
Et
deux messieurs obèses, le soleil sur leurs peaux luisantes.
Des
avenues vides, des gens qui courent et des fleurs qui éclosent.
Ca
vit, ça vibre, ça bouge. C'est punk, destroy, et au loin on entend
presque Iggy Pop qui braille The Passenger.
A
lire Sicily #3 on a l'impression que le photographe aurait croisé
Nobuyoshi Araki et Martin Parr pour emprunter chez l'un et l'autre le
meilleur.
Parce
qu'il y a dans les images de Massimo une esthétique trash, comme un
Do It Yourself vital et ironique.
On
peut se demander si l'image ne doit pas, parfois, se contenter
d'être, tout simplement, dans sa plus parfaite simplicité, sans
détours alambiqués ou faux-semblants ?
Et
c'est ce à quoi nous invite ce livre.
En
effet, comme il a été dit, Massimo a eu ce besoin irrépressible de
sortir de la photographie métronomique et policée des studios pour
se confronter, se plonger dans les rues et les ruelles de la Sicile.
de sa Sicile.
Parce
que Sicily #3 plus qu'un voyage est aussi un hommage (comme le
travail d'Araki rend hommage à sa manière aux rues tokyoïtes) aux
lieux, aux gens, à la vie.
On
croise ce qui fait l'île : les motos Guzzi, les chaînes en or, les
bateaux et les vagues d'une mer sans cesse renouvelée.
Mais
aux détours d'une image, d'un instant figé sur le papier glacé
voici la poésie des jours de soleil, des yeux pleins de joie.
Sicily
#3 sonne finalement comme un poème punk, une version sous
amphétamines de Cendrars.
Merci
donc à Massimo de nous amener là-bas, chez lui, de nous inviter
dans tous ces recoins que nous ne saurions voir.
Merci
surtout de faire vivre la vie de cette façon.
Frèdèric
Martin ( www.5ruedu.fr)